| SPECTACLES Médéa/Fictions
Là où ça fait mal
Pour Aphrodite, la dormeuse de
Chypre

Médéa/Fictions
Le propos artistique
Quand je montais " Médéa
/ Fictions " en 1996, à la Maison de la culture de
Bourges, mon désir était de poser, à ma façon, les
éternelles questions de la passion amoureuse ainsi que
des liens du sang et du sentiment entre lhomme, la
femme /mère et lenfant.
Je me suis adressée à une figure très familière de la
mythologie grecque (origines obligent) qui hantait mon
adolescence en tant quénigme. Javais
entre-temps réuni au fil des années une quantité
considérable de versions différentes, voire même
contradictoires, à propos de la vie de ce personnage,
datant de lantiquité à nos jours. Ce qui était
le plus frappant cest quà lorigine du
mythe, dans un temps très lointain de matriarcat,
Médée fut la Déesse de la Sagesse et de la
Fécondité. Elle protégeait les humains ; leur
enseignait la culture de la terre, la médicine, tenait
les secrets du rajeunissement et de limmortalité.
Elle faisait partie dune série de Déesses /Mères
qui furent adorées jusquà ce que les douze dieux
de lOlympe ne les remplacent dans le panthéon de
la mythologie grecque, lors de lavènement
dune organisation de société de type patriarcale.
Au fil de siècles, alors, son admirable histoire
change : Après avoir été célébrée pour son
exemplaire amour à légard du héros Jason (au
sein de la légende de la Toison dor), on la
retrouve plus tard aux rangs de divinités secondaires,
puis des sorcières. On commence en suite à lui
attribuer une série dactes de plus en plus
sordides, de crimes même. Etait-ce parce que les hommes
se sont servis de cette figure féminine pour y projeter
leurs peurs et préjugés à légard de la
femme ? Il y a de quoi le supposer dans la version
dEuripide, qui invente le geste infanticide quand
il écrit sa fameuse tragédie, définissant dorénavant
Médée comme la mère criminelle.
Une
déesse de la sagesse qui devient cet être sanglant,
voici donc une transformation intéressante, digne
dêtre refaite en sens inverse

Les protéines de la
colère
Serge Saada avait écouté à
plusieurs reprises mes interrogations à propos de
Médée, durant nos années estudiantines. Il ma
fait la surprise décrire et de me dédier une
nouvelle version de Médée où aucun crime
na lieu ! Tout au contraire, il est question
du refus ou de limpossibilité dêtre
violente en tant que femme, en tant que mère, malgré le
chagrin, la trahison, lexil.
Cette pièce, intitulée Les protéines de
la colère, est le récit
dune femme ordinaire qui vit aujourdhui
les déchirements dune épouse et mère trahie. En
guise de thérapie, elle essaie dincarner
lhéroïne dEuripide. La situation bascule
dans le comique et labsurde, le style de
lauteur est empreint dhumour et intègre
en contrepoint des courts extraits de la
tragédie dEuripide en grec.
La musique
Le compositeur Philippe Blanchard a
composé en fonction de lécriture. Il propose une
musique "acousmatique", élaborée à partir
dempreintes ou objets sonores traités sur
ordinateur. Tantôt légère et allègre, tantôt
étrange et inquiétante, elle exprime les états d'âme
de l'héroine. Le bruit des néons, à la fois harmonieux
et bruyants, que lon trouve aujourdhui dans
nos nuits sur terre et dans le désespoir des rues
désertes, introduit la pièce. Il fait écho aux vagues
de la mer qui ne cessent de hanter la mémoire du
personnage.
Médéa / Fictions :
la trilogie
Au moment de sa création à la Maison de
la Culture de Bourges, le spectacle avait une forme de trilogie :
Deux autres auteurs ainsi quun compositeur ont
rejoint léquipe : Les écritures de Michel
Simonot et dElsa Solal ont répondu à celle
musicale de Wolfgang Stryi, qui a interprété ses
compositions, (aux clarinettes basse et contrebasse et au
saxophone ) aux côtés dun acteur, dun
danseur -jongleur et de moi-même en tant que
comédienne.
Ceux deux autres volets se distinguent du premier par
leur style et par leur approche du sujet ainsi que par
les moyens expressifs et techniques utilisés dans la
mise en scène.
Anastassia Politi

Là où
ça fait mal
de Christophe Pellet, création
au Théâtre national de Dijon, dans le cadre des
Rencontres Internationales de Théâtre de Dijon, reprise
à la Scène nationale dAlençon, à lAtelier
du Rhin-CDR dAlsace et à l'Espace Lilas en scène
à Paris.

© Emmanuel Valette

Pour
Aphrodite, la dormeuse de Chypre
voir les photos du
spectacle en diaporama
Textes et Poèmes : Baptiste-Marrey
(extraits des Carnets des îles - éd. Le temps
qu'il fait, 1995) et un ensemble de poètes grecs et
chypriotes : Homère, Sappho, Stassinos, Séféris,
Embirikos, Kostas Montis, Héctor Patriotis, Panos
Ioannidis, Théoklis Kouyialis
(extraits notamment
de lAnthologie Prose et Poésie Chypriotes,
éditions Hellinika Chronika, Paris, 1993).
Scénographie: Gilles Delordre, Images : Emmanuel
Valette, Musiques : Philippe Blanchard et musiques
traditionnelles grecques et chypriotes, Archives
photographiques : Haris Yiakoumis, Assistante à la mise
en scène : Despina Nikiforaki. Avec : Anastassia
Politi.
Pour Aphrodite est une production de la
Compagnie Erinna avec le soutien du Ministère de la
culture de Grèce, du Ministère de la culture et de
l'éducation nationale de Chypre, de la Fondation A.G.
Leventis, en partenariat avec l'Espace Culturel Bernard
Dague (ville de Louvres -95) et le Festival Bruit de la
neige (Annecy), sous l'égide le l'Ambassade de France à
Chypre.
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